ECLAIRAGE
Ce qui se profilait depuis quelques jours vient d'être officiellement annoncé par l'UMP. Le secrétaire général Patrick Devedjian est désormais encadré par le ministre du Travail,
Xavier Bertrand, et la secrétaire d'Etat, Nathalie Kosciusko-Morizet nommés aux postes de "secrétaire général adjoint".
Désormais, l'UMP n'aura plus deux mais trois porte-parole : le centriste Dominique Paillé, Chantal Brunel, député UMP
de Seine-et-Marne, et surtout un proche de Nicolas Sarkozy, le député des Hauts-de-Seine, Frédéric Lefevre.
La direction du parti a été remaniée, après le départ de ses deux porte-parole, Yves Jégo et NadineMorano, nommés respectivement secrétaire d'Etat à l'Outre-Mer et secrétaire d'Etat à la famille.
Le président Sarkozy a donc profité de cette fenêtre de tir qui s'offrait à lui pour reprendre la main sur l'UMP.
Premier enseignement : le secrétaire général, Devedjian, sarkozyste de la
première heure, estmaintenu mais placé sous étroite surveillance. Contesté pendant et après les élection municipales pour sa gestion du parti - notamment par le proche du président,
Christian Estrosi Devedjian devra désormais faire avec deux adjoints.
Deux adjoints, parmi lesquels Xavier Bertrand, actuel ministre du Travail qui aimerait bien un jourseretrouver à
Matignon... voire à l'Elysée, et qui fait aujourd'hui quasi l'unanimité contre lui parmi ses collègues "de bureau". Vu comme ambitieux et arriviste, il est d'ailleurs peu apprécié du Premier
ministre, François Fillon qui voit en lui un rival sérieux.
Deuxième enseignement de ces nominations : Si Fillon avait réussi à empêcher
toute promotion pour Xavier Bertrand, lors du dernier remaniement, celle dont il vient de bénéficier à l'UMP, est un signal très clair envoyé par le président Sarkozy. Le chef de l'Etat
n'a pas digéré être devancé dans les sondages par son Premier ministre. Et ce pendant plusieurs mois! Il comptedonc lui faire payer, le moment venu. Nicolas Sarkozy mesure qu'il serait
politiquement dangereux de se séparer aujourd'hui d'un Premier ministre populaire - auprès des Français comme des députés de la majorité - mais n'envisage pas cependant de la garder ad vita
eternam.
L'Elysée a donc souhaité luitrouver quelques concurrents, histoire d'instituer un contre-pouvoir au locataire de Matignon. Et devrait procéder à un profond remaniement dans six mois,
après la présidence de l'UE que la France va détenir le 1er juillet prochain.
Trisième enseignement : le retour en grâce de Frédéric Lefevre,
ex-attaché parlementaire de Sarkozy au début des années 1990 et qui avait été éloigné du président, notamment par Cécilia Sarkozy. L'ex Première Dame de France avait fait le tri dans les amis de
son mari, après son retour des Etats-Unis en 2005. Ce sarkozyste était le dernier à ne pas avoir réintégré le cercle des fidèles de Sarkozy alors que 'autres, comme Pierre Charon, avait bénéficié
du dernier remaniement.
Morano, Lefevre, Charon... les sarkozystes ont retrouvé leur place. La volonté de leur faire une plus grande place auprès du président est clairement soulignée. Christian
Estrosi, aujourd'hui maire de Nice et ex secrétaire d' Etat à l'Outre-Mer, avait souhaité réintégrer l'UMP. La délégation générale au «développement du mouvement» lui a été
proposée. Estrosi a refusé le poste. Dans le JDD, il explique son refus : "Je ne crois pas que ma présence soit indispensable dans cet organigramme, qui empile les fonctions et les titres, et
dont je ne connais toujours pas les règles de fonctionnement".
Enfin, dernier enseignement : l'organigramme de l'UMP a été revu et corrigé par le présidentSarkozy. D'ailleurs, l'annonce n'a été faite qu'à son retour de Londres. Tous
l'attendaient pour obtenir son feu vert... et les promus d'aujourd'hui se sont bien gardés d'en faire état dans la presse ces dernières heures, de peur de se voir sucrer le poste.
Nicolas Sarkoay a donc repris la main sur le parti de la majorité en organisant la concurrence à tous les échelons: Xavier Bertrand encadre Patrick Devedjian et doit aussi représenter un
contre-pouvoir à la popularité tenace de Fillon. Mais pour ne pas insulter l'avenir... Nathalie Kosciusko-Morizet a été nommée, histoire d'incarner un joker à Xavier Bertrand.
Article modifié dimanche 31 mars, après la décision de Christian Estrosi de ne pas accepter le poste qui lui avait été proposé et son interview dans le JDD.
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