ARTICLE PUBLIEEducation . La proposition du Président a été jugée «inapplicable» par la mission ministérielle sur le sujet.
L’idée de Nicolas Sarkozy a vécu. Elle n’avait pas quinze jours. Le 13 février, au dîner du Crif, le président de la République affirme qu’à partir de la rentrée 2008 chaque enfant de CM2 se verra «confier la mémoire» d’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah. La controverse est immédiate. Les déclarations s’enchaînent. Simone Veil, considérée comme proche de Nicolas Sarkozy et présidente d’honneur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, juge alors «inimaginable, insoutenable, dramatique et, surtout, injuste la proposition de Nicolas Sarkozy».
L’historien et cinéaste Claude Lanzmann, lui aussi membre de la mission, est allé encore plus loin. Selon lui, le parrainage d’une victime par un élève ou par une classe était «enterré avant même qu’on se réunisse, ce n’était pas praticable car il y a 11 500 enfants juifs de France et 600 000 élèves en CM2».
Même les soutiens des premières heures se sont affadis. Serge Klarsfeld, président de l’Association des fils et des filles des déportés juifs de France, avait dans un premier temps approuvé les déclarations du chef de l’Etat. Hier, il s’est montré beaucoup plus nuancé : «Les 11 000 enfants juifs doivent entrer dans la mémoire des écoliers par un travail collectif.»
Dans ce contexte, le ministre de l’Education nationale a tenté de faire bonne figure : «Le président de la République a donné une direction. A nous de la transformer en projet pédagogique.» En clair : transformer en mesure acceptable et acceptée des enseignants, des parents d’élèves, des historiens et des psychologues ce qu’il reste de la déclaration initiale de Nicolas Sarkozy.
«Consensus». En fin de journée, sur RTL, le ministre a précisé que le projet initial de Nicolas Sarkozy se «ferait dans le contexte d’une classe et non pas d’un élève séparé qui devrait porter seul la mémoire d’un enfant particulier». C’est le souhait qu’avait émis, quelques heures plus tôt, Simone Veil. Sollicitée par Xavier Darcos pour être membre de la mission, elle a demandé la mise en place de «travaux qui permettent aux enfants de se grouper dans une classe non pas vers un enfant en particulier mais vers telle situation dans telle ville».
A l’Elysée, on a cherché à limiter la casse. Dans un communiqué, le porte-parole, David Martinon a fait savoir que Nicolas Sarkozy «constate qu’après les polémiques soulevées par sa proposition», il existe un «consensus très largement partagé» sur la nécessité de mieux enseigner la Shoah.
Les membres de la mission doivent se revoir dans deux mois. D’ici là, le ministre de l’Education nationale les a chargés
«d’élaborer un document de référence qui pourra être remis à tous les enseignants». Pour François
Hollande, premier secrétaire du PS, qui dans un premier temps avait salué l’initiative de Sarkozy au dîner du Crif, c’est la preuve «qu’on
est revenu à ce qui n’aurait jamais dû être différent : un travail par les enseignants, dans le cadre des programmes existants».
Article publié dans le quotidien Libération, jeudi 28 mars.
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