Sept régularisés à la Grande Armée

Publié le par Marion Mourgue

undefinedARTICLE PUBLIE dans Libération

La délivrance est intervenue hier soir pour sept des neuf cuisiniers sans-papiers du restaurant de la Grande Armée, dans le XVe arrondissement de Paris, qui ont été régularisés. Cette décision est une des premières victoires enregistrées depuis la circulaire du 7 janvier qui permet aux employeurs de déposer dans les préfectures une demande de régularisation de leurs salariés sans-papiers. Hier, les représentants des salariés entendaient poursuivre leur mouvement de grève, qui dure depuis six jours, pour soutenir les deux derniers cuisiniers. L’annonce est tombée alors que les neuf sanspapiers patientaient depuis plusieurs heures dans ce restaurant chic. Mi-anxieux, mi-heureux, assis sur les banquettes de velours rouge, un casse-croûte à la main, suspendus au coup de téléphone de la préfecture.

Négociations. Retour en début de journée. Il est 9 h 30, quand, après un week-end d’intenses négociations, trois cuisiniers sont reçus par l’adjoint du préfet. Ils sont accompagnés de responsables de la CGT, de l’association Droits devant!! et de la direction de l’établissement. Les autres salariés attendent à l’intérieur du restaurant qu’ils occupent depuis mercredi soir. Partagés entre la satisfaction d’être reçus à la préfecture et l’inquiétude de se voir refuser leur titre de séjour.

A 10 heures, coup de théâtre à l’intérieur de l’établissement des frères Costes. Un leader de la CGT prend la parole : «En ce moment, trois camarades sont en voie de régularisation.» Salve d’applaudissements et cris de joie. Le visage des six cuisiniers s’illumine. «Les six qui sont là, vous devez les rejoindre en préfecture pour régulariser aussi votre situation.» Les «merci !» fusent. Certains s’embrassent, d’autres pleurent. Moussah, l’un des huit Maliens, passe la main sur la poche de sa veste en cuir noir : «Je sens les papiers. Je vais pouvoir marcher dans la rue normalement !», rit-il, les yeux brillants. Aboubakar, le seul Ivoirien du groupe, exulte : «Le cœur, il fait boum. Rien que d’entendre le mot régularisation, ça fait plaisir !» Les cuisiniers, qui ont laissé tomber leur habit de travail pour des vêtements de ville, se rendent à la préfecture. Des militants de la CGT et de l’association Droits devant!! restent occuper le restaurant, des provisions à portée de main. Le visage rosi par l’émotion, Stéphanie, qui doit épouser Mamadou en mars prochain, tripote son portable : «Je suis fière de lui et de tous les autres. Ils ont eu le courage de dire stop !»

Mijotés. A son retour de la réunion tripartite à la préfecture, le gérant du restaurant, Bruno Garcia, se refuse à tout commentaire. «Je suis dans le même état d’esprit qu’au début», indique-t-il laconiquement. Des odeurs de plats mijotés s’échappent des cuisines où continuent de travailler six Sri-Lankais. Les clients, nombreux, déjeunent tranquillement avec une musique jazzy en fond sonore. Ils sont séparés des cuisiniers grévistes par une simple banquette. 

Article publié dans Libération, édition du 19 février, avec photo.

cf. Autres articles publiés dans la presse

Publié dans Articles publiés

Commenter cet article