Vivants mais inscrits sur le mur des Français disparus d’Algérie

Publié le par Marion Mourgue

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Yvan Donnat en est encore tout ému. Il y a un mois, un de ses amis d’Algérie l’appelle pour lui raconter la cérémonie officielle d’inauguration du mur des disparus français d’Algérie, à Perpignan, qu’il a vue sur le site Internet Bab el Oued Story. «Il m’a dit que figurait, sur ce mur, le nom de mes parents, de mes deux sœurs et de mon neveu. Mais tous les membres de ma famille sont en vie et n’ont pas disparu. Seul mon père est décédé, l’année dernière, mais c’était à Aix-en-Provence», explique, la voix serrée, Yvan Donnat, 66 ans et né en Algérie. Avant de lâcher, sonné : «Tout ça est très dur à vivre. Cette histoire a réveillé pas mal de douleurs.» Pour l’instant, il a d’ailleurs préféré ne pas en parler à sa sœur aînée, traumatisée par les violences subies en Algérie.

Disparition. Selon Yvan Donnat, cette erreur trouverait son origine en 1962. Lors de la guerre d’indépendance d’Algérie, ses parents Gaston et Liberté Donnat, ses deux sœurs, Joëlle et Colette, et son neveu Hervé, reviennent à Blida, où ils résident, après avoir rendu visite à un de leurs proches à Mostaganem. Ce dernier, inquiet de ne pas avoir de nouvelles à leur retour alors qu’ils lui en avaient promis, signale leur disparition aux autorités françaises.

Les Donnat, eux, ont juste oublié de le rappeler. «La Dépêche algérienne a ensuite fait paraître le 15 janvier un article pour dire qu’ils étaient disparus. Ce qui était faux, puisque j’avais réussi à les joindre. J’ai envoyé un démenti. Mais il semble que le ministre français des Affaires étrangères ne l’a jamais pris en compte», précise Yvan Donnat.

Une simple visite sur le site Internet du ministère suffit à vérifier que l’erreur figure toujours, plus de quarante ans après. En cliquant sur la «Liste des personnes disparues, décédées ou présumées décédées» en Algérie, pourtant modifiée il y a quelques jours, on trouve toujours le nom de Gaston Donnat et des quatre autres membres de sa famille.

Son fils dénonce aujourd’hui «une coresponsabilité» du maire de Perpignan, Jean-Paul Alduy (UMP), et de l’association le Cercle algérianiste, à l’origine de la construction du mur. «Ils ont repris de fausses informations en utilisant, sans la vérifier, la liste du ministère des Affaires étrangères. Mon père a toujours été un humaniste et un militant anticolonialiste. Or, sur le mur, son nom, comme celui des autres membres de ma famille, est accolé à celui d’assassins de l’OAS. Tout ça est révoltant !» L’association le Cercle algérianiste s’en défend mais refuse de répondre aux questions de Libération. «Vos articles sont écrits à l’avance. Votre plume est tenue par la Ligue des droits de l’homme et le Mrap», lâche Thierry Rolando, président de l’association.

Quant au maire adjoint en charge de ce dossier, Jean-Marc Pujol, il affirme qu’il s’agit d’«une erreur des services de l’Etat. C’était une période troublée». Selon l’élu, la mairie de Perpignan n’est pas responsable : «C’est un mauvais procès qui nous est fait. Nous avions demandé au Cercle algérianiste qu’il utilise des sources officielles, ce qu’ils ont fait.» Avant de conclure : «Nous avons bien sûr obéi au souhait de la famille Donnat, et nous avons demandé au Cercle algérianiste qu’il efface leur nom.»

Préjudice. Les Donnat, eux, se réservent la possibilité d’engager des poursuites judiciaires pour réparation du préjudice moral subi. Yvan Donnat tiendra une conférence de presse vendredi à 11 heures, pour expliquer la teneur de sa décision. Sa mère, 90 ans, a décidé, elle aussi, de faire le déplacement.


Article publié dans le quotidien
 Libération, édition du 25 février, avec photo.

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