En politique, les Français préfèrent les femmes

Publié le par Marion Mourgue

Le Parisien
ARTICLE PUBLIE
dans le quotidien Le Parisien, édition du 8 mars.



A la veille du premier tour des municipales et en cette Journée de la femme, l’opinion dit tout le bien qu’elle pense de la politique au féminin. C’est simple, elles ont plus de qualités que les hommes. Mais malgré la parité, elles restent minoritaires.


C’EST aujourd’hui la Journée internationale de la femme. Mais en cette veille d’élections municipales, force est de constater que leur place en politique reste limitée.
Ainsi seul un maire sur dix est une femme et on ne compte qu’une députée pour cinq élus à l’Assemblée.
Les « stars » comme Ségolène Royal, Martine Aubry, Michèle Alliot-Marie, Françoise de Panafieu ou Marielle de Sarnez seraient l’arbre qui cache la forêt… ou plutôt le désert. Pourquoi cette sous-représentation de la moitié de la population ? Plusieurs explications, selon notre sondage CSA. D’abord, la difficulté pour les femmes de concilier vie publique et vie familiale, estiment 51 % des sondés. Ensuite, la misogynie des hommes politiques (47 %). « C’est la réalité, explique la sociologue Janine Mossuz-Lavau, auteur de Femmes/Hommes. Pour la parité (Presses de Sciences-po).
En plus de leur journée de travail, elles assument 60 % des tâches éducatives et 70 % des tâches domestiques. »
Depuis juin 2000, la loi sur la parité oblige les partis politiques à faire de la place aux femmes. Huit ans plus tard, pourtant, les mentalités ont très peu changé : « On les fait figurer sur les listes parce qu’on ne peut pas faire autrement », déplore Catherine Achin, professeur de science politique et coauteur de Femmes en politique (La Découverte).
Et pourtant ! Selon notre sondage, en politique, les femmes l’emportent sur les hommes dans presque tous les domaines. Elles sont perçues comme « plus sociales » (pour 67 % des sondés), « plus au contact des réalités » (58 %), « plus à l’écoute des citoyens » (54 %), « plus honnêtes »
(52 %), « plus modernes » (50 %) et même… « plus courageuses » (48 %).

Résistance des hommes
Pourquoi alors ne s’imposent-elles pas au sommet ? Leurs qualités sont appréciées « de manière très générale et plutôt théorique », explique Catherine Achin. « Mais (quand) certaines d’entre elles s’approchent des postes à responsabilités, on leur fait un procès en incompétence. Comme Ségolène Royal ou, aujourd’hui, Françoise de Panafieu. » Procès d’autant plus efficace, reprend M m e Achin, que les hommes politiques « mettent en oeuvre des stratégies de résistance. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la misogynie est beaucoup plus importante dans les catégories élevées que dans les milieux populaires. Les partis placent les femmes dans des circonscriptions difficilement gagnables… ce qui ne risque pas d’augmenter leur nombre en politique ! »

Selon Stéphane Rozès, directeur général de CSA, ce sondage souligne aussi « un changement d’attentes des Français vis-à-vis de la politique : ils réclament plus de concret.
Et sur ce point-là, les hommes et les femmes politiques ont chacun leur manière d’agir ». Elles seraient notamment moins « guerrières », davantage « portées au compromis ». Constat partagé par Janine Mossuz-Lavau : « Elles ont une expertise différente. Elles prennent plus en compte les problèmes du quotidien. Les hommes sont plus entraînés à employer des grands mots et à manier des concepts. » Voilà les hommes prévenus : en politique, les Français veulent que les femmes comptent pour de bon… même si, aux municipales de dimanche, 83,5 % des têtes de liste sont des hommes.


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